GHOST RIVER - Let no one be a stranger here

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C’est de la “ Grande Loi de l’unité ” : GAYANASHAGOWA appelé aussi “ loi qui lie ” de la ligue des Iroquois, confédération pacifique et première confédération démocratique de l'histoire de l'humanité, que Thomas Jefferson, qui participa à l’écriture du texte fondateur de l’identité Américaine – la déclaration d’indépendance – tire la pensée que la quête d’unité apporte le bonheur. Du fait de leur unité, ce troisième président des Etat-Unis, déclare être convaincu que les « sociétés indiennes (…) jouissent globalement d’un degré de bonheur bien supérieur à ceux qui vivent sous les régimes Européens ». Ainsi, fait-il inscrire  dans la déclaration la « recherche du bonheur » comme un droit inaliénable de tous les hommes, à la place du droit à la propriété qu’il juge trop matérialiste.

“Unité et bonheur” sont alors pensés dans un mouvement commun et il en résulte le nom même des :”Etats-Unis”.

 

Élargir les frontières à l’Ouest ...jusque sur la lune ? Être le fer de bataille de la défense des libertés humaines... Ce “bonheur” sera - plus qu’une quête - le résultat d’une véritable conquête, car l’Amérique est par défaut une terre de conquête et d’optimisme. Cette énergie humaine est néanmoins assez fascinante et agréable : tout y semble possible. Pourtant, force est de constater que dans la réalité, l’unité Américaine reste pour beaucoup une illusion.  

 

« GHOST RIVER : Let no one be a stranger here » associe la rencontre avec l’Amérique : entre images idéalisées, constat social où l’unité semble se construire dans la diversité des ghettos et la quête de  paysages. Le projet couvre une zone géographique de l’est à l’ouest en passant par le sud de la Louisiane. Le titre fait référence au Mississipi que j’ai suivi de Memphis à la Nouvelle-Orléans en pensant à un territoire musical et en fait c’est assez fantomatique, tant géographiquement que de part son héritage esclavagiste.

 

"Quand une société est décadente, elle construit des routes." 

Paroles Iroquoise

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What did I dream?

Les États-Unis -son épopée d'hier et d'aujourd'hui- déversent sur nous tant et tant d'images, cinéma, musique, publicité, marketing, stars ou mœurs « made in USA », qu'il faudrait voir sur place ce qu'il en est. Avant de juger, s’imprégner et prendre à la lettre le credo « Life, Liberty and the pursuit of Happiness ». Comment tient-elle la route, cette formule instituée dont l'unité formerait le principe de base du pays ? L'unité ? Au bout du périple sur les immensités libres, des États du nord-est au sud, la réponse serait encore dans le vent : « The answer, my friend, is blowing in the wind » Dylan. La devise, on la retrouve ciblée plus précisément par le rappeur Kid Cudi dans son tube « Pursuit of happiness. Projet X » : (trad.) « Je suis à la recherche du bonheur / et je sais que tout ce qui brille n'est pas forcément de l’or / Je serai bien après l'avoir trouvé je serai bon » /.../). Les portraits réalisés aux USA de Caroline Hérard pour « GHOST RIVER » ne sont pas loin de figurer le même rêve, gratifiés de leur propre espérance, si aimantés ou accoutumés par les images qu'ils se laissent portraiturer avec quiétude. Confiance, dans l'attente de leur propre devenir, sans doute, malgré des épreuves qui se lisent, brusquement secouées par l’ambiguïté d'une photographie nommée  « Mr Muscle » où un homme parade sur un toit faisant l’apologie de sa musculature. Est-ce là la leçon concrète d'un système qui instaure une utopie (happiness) comme principe d'équilibre et de renouveau ?

 

Eric Perruchot  

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Carolineherard

France     carolineherard@gmail.com

Photographie documentaire - stages photo